18.03.2010
L'ordre des discours
Toutes les soirées électorales à la télévision se ressemblent, derrière les différences de personnes et de situations. Celle de dimanche soir dernier ne déroge pas à la règle. Dans la cacophonie générale, sous le désordre apparent des discours, un ordre implacable se fait jour. Il y a des camps - celui des gagnants, celui des perdants -, il y a des chefs et des alliés, il y a surtout des stratégies bien déterminées, selon son appartenance, que rien ne semble venir brouiller les cartes hormi les quelques anicroches de langage ou emportements de direct.
Tout a commencé, sur France 2, avec l'intervention de François Coppée à l'issu des premières estimations. Un discours initial serein en apparence, et évidemment clair : en terminant par ces remarques sur la position nouvelle du PS en termes de responsabilités vis-à-vis des électeurs, allant jusqu'à interpeller les leaders du parti d'opposition nationale dans un "qu'allez-vous faire ?" magistral, l'un des ténor les plus en vue de l'UMP a manifestement installé son camp dans un discours de défaite, d'opposition. On pourrait rétorquer qu'après tout, tel est bien le rôle de l'UMP qui ne détient presque aucune région au dépend de son concurrent socialiste. Et l'on retrouve ici l'un des arguments qui ont par ailleurs émaillés ces débats.
A ceci près que, d'une part, lors des précédentes élections post-présidentielles (européennes), l'UMP s'est clairement affiché en leader, tout engagé dans la bataille, quel que soit le rapport des forces au Parlement de Strasbourg et les différences d'enjeux. D'autre part, la présence d'un grand nombre de ministres actuels et secrétaires d'état sur les listes régionales confère une évidente dimension nationale à ce scrutin, si tant est qu'on tente de la nier.
D'ailleurs, à l'encontre même de la stratégie de MM. Coppée, Lefebvre, Borloo et Mme Dati et Jouanno qui ont tous voulu ancrer ces élections dans le local comme pour en suspendre les conséquences au niveau national, le discours de François Fillon était sans ambages : pas de "régionale", ni de "Président de Région", mais bien un discours généraliste de campagne présidentielle fait de crise, de sécurité, d'emploi, d'écologie etc
Ainsi, sans jamais le dire, les différents chef de file du parti du Président se sont mis dans la posture plus ou moins combattive de l'opposant, reconnaissant alors implicitement la défaite de la droite gouvernementale. Le rêve de l'UMP de cumuler pouvoir national et échelon régional, afin d'asseoir une véritable domination politique, paraît aujourd'hui quelque peu compromis.
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Le Grand Pari des régionales en Ile-de-France
A gauche comme à droite, cette campagne des régionales en Ile-de-France aura été à n'en pas douter dominée par le fantôme du Grand Paris. Enfin, chez les deux principaux prétendants, l'UMP et le PS, talonné de près par les Verts.
Pas un jour sans son lot de références, plus ou moins explicites, à ce projet majeur pour l'Ile-de-France pour les années à venir. Projet qui fait d'ailleurs grincer nombre de dents. Le dernier pic en date est à chercher dans cette interview croisée parue dans Le Monde, et relayé dans le gratuit Direct Matin, des deux têtes-de-liste du PS et de l'UMP, respectivement Jean-Paul Huchon et Valérie Pécresse. C'est autant de publicité à Christian Blanc, presque dépassé par cette soudaine invasion des géants politiques.
Il faut dire que l'enjeu, pour chacun des deux camps, est de taille. D'un côté, le PS espère garder la main mise sur la première région française en terme de dynamique économique, démographique et politique, qui demeure l'un des seuls levier pour espérer préparer plus sereinement les présidentielles de 2012 en jouant la carte du bilan. De l'autre, l'UMP, en s'appuyant sur ce qu'il présente comme le projet le plus pertinent et innovant pour la Région, compte reprendre la gouvernance de l'Ile-de-France et ainsi avoir toute latitude pour mettre en œuvre les réformes qu'il préconise.
Le Grand Paris, cette épine dans le pied de l'actuel Président du Conseil Régional, a ainsi monopolisé si ce n'est les débats, du moins les stratégies de communication et de campagne de ces partis. Mais ce pari n'est-il pas un peu risqué pour les deux concurrents ? Les Français, déjà échaudés du centralisme parisiens, sont-ils obnubilés par ce projet au point de sacrifier d'autres sujets plus proches peut-être de leurs aspirations ?
On peut se demander si la pauvreté de cette campagne en termes d'implication locale et le faible intérêt qu'ont pu manifester les électeurs d'Ile-de-France pour ce scrutin n'est pas dû en partie à ce choix osé des leaders de gauche comme de droite. Et les conséquences de ce pari risqué pourraient être plus désastreuses encore si les autres prétendants, Front de Gauche, Verts, Modem pour les plus en vue, savent saisir cette opportunité pour redynamiser la campagne autour des questions sociales auxquelles les citoyens semblent plus sensibles en ces temps de crise.
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16.03.2010
L'obsession médiatique
Avec un tel titre, on s'attendrait à un énième "haro sur les médias !". Pas du tout. L'expression "obsession médiatique" désigne en fait l'attitude des acteurs pris dans le champ médiatique, l'attitude des utilisateurs de médias.
On oublie souvent le rôle des médias comme tiers-acteur ou médiateur agissant dans le cas d'une multiplicité de protagonistes. En s'attaquant systématiquement à cet intermédiaire (qui n'est cependant irresponsable), on oublie donc les acteurs originels, pris dans un rapport antagoniste, conflictuel ou simplement impliqués dans le processus de médiatisation. Or cet oubli est fâcheux !
A regarder de près, l' "affaire des caricatures de Mahomet" comme l' "affaire Ilan Halimi" sont surtout des "affaires de Unes". Sans nier le contexte de nationalisme et de repli identitaire dans lequel se trouve le Danemark, où ont été publiées originairement les caricatures incriminées, l'affaire proprement dite n'a véritablement débuté qu'à l'heure des nouvelles publications, dans d'autres pays dont le contexte tempère raisonnablement tout racisme, xénophobie ou encore volonté de stigmatisation anti-musulmane. Il s'agit alors simplement de combattre l'idée selon laquelle une croyance métaphysique peut limiter la liberté de penser et d'exprimer sa pensée. Et de combattre son corrollaire : la volonté de se "montrer stigmatisé".
Or c'est là que tout réside, dans l'idée d'occuper l'espace médiatique. Tout se passe ensuite comme si l' "affaire Ilan Halimi" n'était que la réponse médiatique d'une communauté à une autre. Sans nier encore une fois la barbarie du crime, sa qualification d' "antisémite" donne cependant à réfléchir. Quand s'est-elle exprimée ? Avant même les résultats de l'enquête. Par qui a-t-elle été principalement développée ? Par la communauté juive et ses représentants en France, le CRIFJ (essentiellement). Par quel biais ? Les médias (interview, "commentaires", "réactions"...).
Cela donne l'amère impression d'une lutte d'acteurs pour déterminer celui qui gagnera, aux yeux de l'opinion et selon la vieille croyance répandue que "les médias font l'opinion", le statut intouchable de victime suprême. Autrement dit, avec le meurtre d'Ilan Halimi, la communauté juive a tenté de réoccuper une place dominante de l'espace médiatique, jusque là "squattée" par la communauté musulmane. Et ceci sonne comme un écho à la volonté de la communauté juive, fort compréhensible par ailleurs, de rester éternellement le représentant absolu de l'idée même de victime.
Finalement, que constate-t-ton ensuite avec l'affaire Clearstream et les multiples déclarations des "victimes" ? La même chose, peut-être...
23:40 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : médias, caricatures, mahomet, ilan halimi, racisme, musulman, communauté, antisémite, victime
L'antisémitisme qui vient ...
A l'heure actuelle se développe une posture intellectuelle que je trouve fort dérangeante et qui consiste à réinsérer dans le débat public, à des moments souvent cruciaux, l'idée selon laquelle l'antésimitisme renaît et croît dangereusement. On nous assène alors les mêmes phrases : "C'est le conflit israëlo-palestinien importé en France", "C'est l'antisémitisme rampant qui resurgit"... Or ces discours sont toujours erronés, car ils s'appuient systématiquement sur le même argument en oubliant un détail qui a une grande importance : l'antisémitisme ne peut pas se mesurer !
On peut tenter de mesurer les actes antisémites (ou prétendus tels) : mais rien ne permet de mesurer l'antisémitisme. Pour quelles raisons ? Parce que c'est une idéologie, une "passion" (au sens originel du terme), et fait donc partie de l'inquantifiable.
De même que pour l'insécurité, on voit donc resurgir des questionnements fondamentaux qui ne peuvent être évincés et qui le sont pourtant : l'accroissement des actes jugés antisémite est-il réel ? Ou est-il dû à une plus grande vigilance de la part des autorités dans leur prise en compte ? Et s'il est réel, traduit-il le développement de l'antisémitisme chez les individus ou simplement le fait que le passage à l'acte soit désormais plus courant ?
Autrement dit : en aucun cas on ne peut déduire de l'augmentation des signalements d'actes antisémites une quelconque augmentation de l'antisémitisme. Ce qui n'empêche pas de s'interroger sur cette absence d'auto-censure qui jusque là cantonnait l'antisémitisme au niveau du discours, sur les raisons qui ont fait sauté les barrières jusqu'à présent relativement hermétiques entre le discours et l'acte.
22:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
15.03.2010
Les outils de la dictature ou l'illusion de pouvoir (organisée)
De l'audimat au spectateur
Dès qu'on parle de télévision, un mot nous vient à la bouche : "dictature de l'audimat". On ne compte plus les livres dénonçant cette course en avant, mère de tous les vices et reine de tous les errements. C'est à elle qu'on impute les dérives des programmes télévisés actuels, sans se demander d'ailleurs pourquoi les téléspectateurs continuent de les regarder. Coluche avait dit, en son temps, d'un tout autre objet de consommation : "Et dire qu'il suffirait que les gens ne les achètent pas pour que ça ne se vende plus". Oui mais voilà, les gens achètent, les gens regardent.
Or ce qu'on oublie souvent, en tentant d'expliquer un tel phénomène, c'est ce sur quoi repose cette dictature : la "dictature du spectateur", bien plus perverse encore. C'est une pseudo-dictature, reposant sur une "illusion de pouvoir oragnisée", et sans laquelle la course à l'audimat ne pourrait aboutir.
Télé-réalité et Talk-show
Ce phénomène est présent dans tous les types de programme, notamment par l'intermédiaire des jeux téléphoniques (du match de foot aux émissions de divertissements comme Les Enfants de la télé d'Arthur).
Cependant, s'il est un lieu où cette dictature est à l'oeuvre de façon évidente, ce sont bien les émissions faisant directement intervenir le télé-spectateur. Car derrière cette intervention se cache l'illusion de pouvoir, en elle se niche les clés de l'audimat. C'est pourquoi il est intéressant de l'appréhender dans les deux émissions phares ayant lancé en France ces "modes télévisuelles", la Star Academy et l'ex-émission C'est mon choix.
Un vote, une voix
Au fond, qu'en est-il exactement de ce pouvoir ? Le concept de la Star Ac' repose sur un casting préalable présentant un éventail de candidats qui vont vivre ensemble pendant seize semaines et se soumettrent au vote du public une fois par semaine. C'est le public qui "choisit" les candidats restant en lice, au château : son vote décide de l'évolution de l'émission. Il a un "pouvoir sur", et sans lui, point d'émission.
Selon un schéma similaire, le débat de société qui avait lieu au fond des fauteuils carmins du plateau de C'est mon choix était régi par les interventions du public, ses clameurs d'approbation ou ses manifestations d'hostilité. Mais ici, à l'inverse de la Star ac', n'importe qui pouvait venir témoigner : le téléspectateur est devenu un invité "en puissance".
Pouvoir du choix, choix du pouvoir...
Au-delà de cet aspect formel, les champs d'action du public s'avèrent fort instructifs. Les "ouh!" et les "ah!" qui ponctuaient chaque remarque des invités d'Evelyne Thomas (présentatrice éternelle et indéboulonnable du Talk Show, disparue avec lui) ne sont rien de moins que les critères de jugement définissant ce qu'on doit penser de tel ou tel comportement, discours, idée. Le téléspectateur se fait juge : il est ainsi l'expression, pire, le gouverneur de l'"opinion morale". De même, à la Star ac', le vote n'est pas un choix de personne, mais se présente bel et bien, selon les termes employés dans les clips de présentation de l'émission, comme arbitre esthétique : il est censé choisir la "nouvelle star", sa nouvelle star. Le téléspectateur devient également expression et gouveneur de l'"opinion esthétique". Sans chercher à y déceler nécessairement une pilule idéologique qu'on tenterait de faire ingurgiter à dose homéopathique mais constante, il y a de quoi s'interroger.
Tout se résumerait en fait à une question de choix. Mais en la matière, les dés sont pipés d'avance. Le casting de chanteurs comme celui des invités est une première limite : et si un choix n'est jamais "absolu", il est dans les deux cas fortement restreint au départ.
Choix du vide ou le pouvoir sans puissance
Bien plus que les modalités du choix, l'objet même de ce choix apparaît bien vide. Dans les émissions de télé-réalité telles que La nouvelle star ou la Star academy, le candidat n'est pas un "artiste" qui prééxiste au vote, c'est-à-dire au jugement : c'est le jugement, dit "esthétique", lui-même qui crée l'artiste. Ou plutôt la "star" ce qui, soit dit en passant, diffère de l'artiste !
Ainsi le vote du public, loin d'être esthétique, est plutôt une garantie commerciale pour les producteurs : c'est le téléspectateur qui deviendra consommateur en achetant le disque. De l'esthétique au mercantile : le téléspectateur est en réalité co-fabricant du "produit" qu'il va consommer et non juge (critique) de l'artiste qui se présente à lui, comme on voudrait lui faire croire.
Or ce renversement est tout aussi sensible dans le cas du talk-show. L'invité, comme son anonymat l'indique, est un quidam : dès lors que le téléspectateur est un "invité en puissance" et que l'invité n'est qu'un téléspectateur devenu acteur, sur quoi influe le jugement ? Qui peut-être concerné par ces "ouh ! " et ces "ah !" si ce n'est ce même public qui les scande ?
Ce qui est produit n'est donc qu'un "auto-jugement", par conséquent absolument sans effet et qui n'a d'influence que sur celui qui le produit. Inutile donc d'insister sur l'aspect consensuel et "in-actif" du jugement que déclare très solennellement le titre (que dis-je, le slogan) : "c'est mon choix", ramenant d'un coup tout le pseudo-débat à son point de départ, c'est-à-dire le silence qui précède toute parole. Preuve par excellence de l'inopérance du jugement, tout ceci fonctionne en vase clos : on trouve un sujet de débat, des invités, on multiplie les dogmes moraux censés fondés à jamais les règles intangibles de la société pour finalement balayer d'un revers de main tout ce qui vient d'être dit.
On s'accorde à dire que l'intérêt est stimulé lorsqu'il y a participation active du récepteur, théoriquement passif ; on s'accorde à penser que les relations humaines fonctionnent selon des rapports de force et qu'il est par conséquent bon d'être en situation de pouvoir sur l'autre, quelles que soient les formes que cela peut prendre... Et voici un public qui participe, qui croit détenir un "pouvoir sur" et des producteurs qui ont trouvé un moyen sûr pour que le téléspectateur regarde, dépense du temps et de l'argent, car n'oublions pas que toutes les sommes versées, les voyages, les tournées, les concerts sont payés par les SMS et les 08 !
Leçon n°1 : entrez chez vous, éteignez vos postes, et restez vous-même tels que vous êtes. De toute façon, vous aurez toujours raison !!
21:58 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : dictature, télévision, télé-réalité, pouvoir, télé-spectateur, star ac', c'est mon choix, vote


