16.03.2010

L'obsession médiatique

Avec un tel titre, on s'attendrait à un énième "haro sur les médias !". Pas du tout. L'expression "obsession médiatique" désigne en fait l'attitude des acteurs pris dans le champ médiatique, l'attitude des utilisateurs de médias.

On oublie souvent le rôle des médias comme tiers-acteur ou médiateur agissant dans le cas d'une multiplicité de protagonistes. En s'attaquant systématiquement à cet intermédiaire (qui n'est cependant irresponsable), on oublie donc les acteurs originels, pris dans un rapport antagoniste, conflictuel ou simplement impliqués dans le processus de médiatisation. Or cet oubli est fâcheux !

A regarder de près, l' "affaire des caricatures de Mahomet" comme l' "affaire Ilan Halimi" sont surtout des "affaires de Unes". Sans nier le contexte de nationalisme et de repli identitaire dans lequel se trouve le Danemark, où ont été publiées originairement les caricatures incriminées, l'affaire proprement dite n'a véritablement débuté qu'à l'heure des nouvelles publications, dans d'autres pays dont le contexte tempère raisonnablement tout racisme, xénophobie ou encore volonté de stigmatisation anti-musulmane. Il s'agit alors simplement de combattre l'idée selon laquelle une croyance métaphysique peut limiter la liberté de penser et d'exprimer sa pensée. Et de combattre son corrollaire : la volonté de se "montrer stigmatisé".

Or c'est là que tout réside, dans l'idée d'occuper l'espace médiatique. Tout se passe ensuite comme si l' "affaire Ilan Halimi" n'était que la réponse médiatique d'une communauté à une autre. Sans nier encore une fois la barbarie du crime, sa qualification d' "antisémite" donne cependant à réfléchir. Quand s'est-elle exprimée ? Avant même les résultats de l'enquête. Par qui a-t-elle été principalement développée ? Par la communauté juive et ses représentants en France, le CRIFJ (essentiellement). Par quel biais ? Les médias (interview, "commentaires", "réactions"...).

Cela donne l'amère impression d'une lutte d'acteurs pour déterminer celui qui gagnera, aux yeux de l'opinion et selon la vieille croyance répandue que "les médias font l'opinion", le statut intouchable de victime suprême.  Autrement dit, avec le meurtre d'Ilan Halimi, la communauté juive a tenté de réoccuper une place dominante de l'espace médiatique, jusque là "squattée" par la communauté musulmane. Et ceci sonne comme un écho à la volonté de la communauté juive, fort compréhensible par ailleurs, de rester éternellement le représentant absolu de l'idée même de victime.

Finalement, que constate-t-ton ensuite avec l'affaire Clearstream et les multiples déclarations des "victimes" ? La même chose, peut-être...

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