16.03.2010

L'antisémitisme qui vient ...

A l'heure actuelle se développe une posture intellectuelle que je trouve fort dérangeante et qui consiste à réinsérer dans le débat public, à des moments souvent cruciaux, l'idée selon laquelle l'antésimitisme renaît et croît dangereusement. On nous assène alors les mêmes phrases : "C'est le conflit israëlo-palestinien importé en France", "C'est l'antisémitisme rampant qui resurgit"...  Or ces discours sont toujours erronés, car ils s'appuient systématiquement sur le même argument en oubliant un détail qui a une grande importance : l'antisémitisme ne peut pas se mesurer !

On peut tenter de mesurer les actes antisémites (ou prétendus tels) : mais rien ne permet de mesurer l'antisémitisme. Pour quelles raisons ? Parce que c'est une idéologie, une "passion" (au sens originel du terme), et fait donc partie de l'inquantifiable.

De même que pour l'insécurité, on voit donc resurgir des questionnements fondamentaux qui ne peuvent être évincés et qui le sont pourtant : l'accroissement des actes jugés antisémite est-il réel ? Ou est-il dû à une plus grande vigilance de la part des autorités dans leur prise en compte ? Et s'il est réel, traduit-il le développement de l'antisémitisme chez les individus ou simplement le fait que le passage à l'acte soit désormais plus courant ?

Autrement dit : en aucun cas on ne peut déduire de l'augmentation des signalements d'actes antisémites une quelconque augmentation de l'antisémitisme. Ce qui n'empêche pas de s'interroger sur cette absence d'auto-censure qui jusque là cantonnait l'antisémitisme au niveau du discours, sur les raisons qui ont fait sauté les barrières jusqu'à présent relativement hermétiques entre le discours et l'acte.

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