05.05.2010

L'ère du zapping

Samedi 1er mai, Place du Châtelet. Assis sur la pierre de la fontaine, je regarde devant moi le kiosque fermé qui projette ses trois publicités pour un concert, un magasin et un magazine. Il n'arrête pas de tourner, absorbant l'attention de tous les passants. Deux secondes de pause, et c'est reparti. Le kiosque, nouveau symbole de l'ère du zapping.

Les trois publicités sont fort bien étudiées pour cette diffusion martelée. De leur passage éclair, on ne retient que les trois photos et quelques mots. D'abord, en gros caractères, "Totally", "Haussmann" et "Big opening", le tout représenté par une jeune blonde mince, fashion, dans un décor urbain hyper-technologique. Ensuite, les mots "Questions de femmes", "maillot", "rêves" et "familles" en vert étincellant, qui accompagne le portait en pied d'une Florence Foresti resplendissante, incarnation à la scène du personnage de la femme moderne, célibataire à 35 ans, sans enfants, qui cherche l'amour. Enfin, les mots "Michael Bolton", "Olympia" et "15 juin" encadrant le portrait d'un beau quinquagénaire qui en fait 30 sur un fond bleu-blanc comme les couleurs du paradis.

Avec cette technique infaillible, le message a toutes les chances de passer, l'information de toucher son but. On se croirait presque dans les films d'espionnage ou de guerre des années 1960 avec les expériences de lavage de cerveau où les images défilent jusqu'à l'épuisement. Mais que retient-on vraiment des ces trois publicités ? Pas sûr que l'information, le message exact, soit véritablement ancré dans le cerveau. Ce sont plutôt les images que l'on retient, les impressions que laissent ces quelques indices repérés dans le défilement incessant. En bref, il reste surtout une photographie-miroir de notre société contemporaine, celle des nouveaux rapports homme-femme, celle de la consommation, celle de la peur de vieillir et de la culture de l'éphémère.

15.04.2010

Questions de principe

Alors qu'on apprend que la direction de Peugeot envisagerait la fermeture d'un site de pièces détachées à Melun-Sénart, se repose la sempiternelle question des engagements de sociétés privées vis-à-vis de l'Etat et de la société civile.

Tout se passe comme si on redécouvrait, à chaque nouvelle affaire, que les entreprises ne fonctionnent pas en termes de principes éthiques, mais selon d'autres modalités que tout le monde connait pourtant par coeur : la rentabilité, la productivité. Rien d'étonnant, donc, à ce qu'une entreprise telle que Peugeot, fleuron de l'industrie française, après avoir reçu de l'Etat des sommes importants pour soutenir leur activité au cœur d'une crise grave (près de 3 milliards pour l'industrie automobile française) et s'être "engagée" à maintenir tous leurs sites nationaux, veuille changer aujourd'hui de stratégie. C'est que ce qui se cache sous le concept d'"engagement" n'a rien d'un "principe éthique" en quelque sorte immuable, mais d'une stratégie de politique industrielle à plus ou moins court terme.

Ce qui se révèle plus inquiétant est le message qu'a voulu transmettre le gouvernement. A faire croire que le politique a réellement repris la main sur le fonctionnement largement autonome (quoique...) des entreprises, il s'expose à de grandes désillusions, ce qui ne peut qu'augmenter le discrédit qui pèse déjà lourdement sur les épaules des dirigeants politiques, quelque soit leur bord.

L'"affaire Peugeot", telle qu'elle pourrait très bientôt apparaître sous la plume ou au micro des journalistes, ne fait que confirmer deux constats : d'une part, l'économie dans son modèles capitaliste ignore dans les faits le contrôle du politique ; d'autre part, le discours consistant à faire croire l'inverse, même martelé par un Président volontariste (et convaincu ?), ne dupe plus personne. Ou presque...

18.03.2010

L'ordre des discours

Toutes les soirées électorales à la télévision se ressemblent, derrière les différences de personnes et de situations. Celle de dimanche soir dernier ne déroge pas à la règle. Dans la cacophonie générale, sous le désordre apparent des discours, un ordre implacable se fait jour. Il y a des camps - celui des gagnants, celui des perdants -, il y a des chefs et des alliés, il y a surtout des stratégies bien déterminées, selon son appartenance, que rien ne semble venir brouiller les cartes hormi les quelques anicroches de langage ou emportements de direct.

Tout a commencé, sur France 2, avec l'intervention de François Coppée à l'issu des premières estimations. Un discours initial serein en apparence, et évidemment clair : en terminant par ces remarques sur la position nouvelle du PS en termes de responsabilités vis-à-vis des électeurs, allant jusqu'à interpeller les leaders du parti d'opposition nationale dans un "qu'allez-vous faire ?" magistral, l'un des ténor les plus en vue de l'UMP a manifestement installé son camp dans un discours de défaite, d'opposition. On pourrait rétorquer qu'après tout, tel est bien le rôle de l'UMP qui ne détient presque aucune région au dépend de son concurrent socialiste. Et l'on retrouve ici l'un des arguments qui ont par ailleurs émaillés ces débats.

A ceci près que, d'une part, lors des précédentes élections post-présidentielles (européennes), l'UMP s'est clairement affiché en leader, tout engagé dans la bataille, quel que soit le rapport des forces au Parlement de Strasbourg et les différences d'enjeux. D'autre part, la présence d'un grand nombre de ministres actuels et secrétaires d'état sur les listes régionales confère une évidente dimension nationale à ce scrutin, si tant est qu'on tente de la nier.

D'ailleurs, à l'encontre même de la stratégie de MM. Coppée, Lefebvre, Borloo et Mme Dati et Jouanno qui ont tous voulu ancrer ces élections dans le local comme pour en suspendre les conséquences au niveau national, le discours de François Fillon était sans ambages : pas de "régionale", ni de "Président de Région", mais bien un discours généraliste de campagne présidentielle fait de crise, de sécurité, d'emploi, d'écologie etc

Ainsi, sans jamais le dire, les différents chef de file du parti du Président se sont mis dans la posture plus ou moins combattive de l'opposant, reconnaissant alors implicitement la défaite de la droite gouvernementale. Le rêve de l'UMP de cumuler pouvoir national et échelon régional, afin d'asseoir une véritable domination politique, paraît aujourd'hui quelque peu compromis.